A partir du 1er janvier 2026, l’Arenh (qui permettait à tous les fournisseurs d’accéder à une part de l’électricité nucléaire à prix régulé) disparaitra, après 15 ans d’existence. Cette évolution marque ainsi la fin d’un mécanisme conçu pour stimuler la concurrence, dans le cadre de l’ouverture des marchés.
Elle ouvre aussi la voie à un nouveau système post-Arenh : Le Versement Nucléaire Universel (VNU).
Mais pourquoi ce changement dans le paysage énergétique français ? Comment fonctionnera ce nouveau dispositif en 2026 et quels sont les objectifs attendus ?
Dans cet article, retrouvez tout ce qu’il faut savoir pour comprendre les nouvelles règles de redistribution de l’électricité nucléaire en France qui s'appliqueront à partir du 1er janvier 2026, et leurs impacts sur vos prochaines factures.
Fin de l'Arenh : un tournant dans le mécanisme de régulation
Retour sur la création de l'Arenh (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique)
Mis en place par la loi NOME en 2011 pour une durée de 15 ans, l’Arenh permettait aux fournisseurs d’énergie, présents sur le territoire national, d’acheter 100 TWh d’électricité nucléaire produit par EDF, à un prix fixe de 42 €/MWh.
Sa finalité ? Garantir l’équité entre fournisseurs alternatifs et fournisseurs historiques en leur garantissant un accès à l’électricité produite par le parc nucléaire historique tout en permettant de booster les offres de marché en France. Autrement dit, l’Arenh avait été conçu pour ouvrir plus largement le marché énergétique à la concurrence, le stimuler et garantir des prix stables.
Depuis 15 ans, le volume de l’Arenh, plafonné à 100 TWh, représentait donc annuellement un quart de la production des centrales nucléaires françaises. Au-delà du guichet ouvert aux fournisseurs alternatifs, l’Arenh était également prise en compte dans les tarifs réglementés de vente proposés par les fournisseurs historiques, ainsi que dans l’approvisionnement des gestionnaires de réseaux pour leurs pertes.
Au total, c’est près d’un tiers de la consommation nationale d’électricité qui était vendue au prix de 42€/MWh.
Les raisons de sa suppression
Pour autant, plusieurs difficultés sont apparues ces dernières années :
- Un prix figé : les 42 €/MWh ne reflétaient plus les coûts réels de production d’électricité nucléaire historique et ne permettaient plus à EDF de couvrir l’entretien des centrales ;
- Un écrêtement problématique : la demande dépassait régulièrement le plafond des 100 TWh (135 TWh en 2025), réduisant d’autant les volumes attendus par les fournisseurs. Cela les obligeait à acheter le reliquat sur le marché de gros, en fin d’année, à des prix souvent élevés et répercutés au client final ;
- La fin de l’autorisation européenne et du dispositif légal encadrant l’Arenh qui court jusqu’au 31 décembre 2025.

Face à ces limites et faisant le constat de nouvelles réalités de marché, l’état annonça donc en 2025 la suppression de l’Arenh au 31 décembre 2025, pour faire place au Versement Nucléaire Universel (VNU) au 1er janvier 2026.
Qu'est-ce que le Versement Nucléaire Universel ?
Définition et rôle
Inscrit dans l’article 17 de la loi des Finances 2025, le Versement Nucléaire Universel (VNU) est un nouveau mécanisme de régulation des prix, fondé sur une taxation des revenus d’EDF en cas de hausse des prix de marché.
Concrètement et à partir du 1er janvier 2026, EDF vendra donc la totalité de l’électricité nucléaire dans les conditions de marché et sans limitation de volume. Cependant, quand les revenus d’EDF dépasseront un certain seuil (basé sur les coûts réels de production des réacteurs nucléaires) l’état prélèvera une partie des revenus excédentaires d’EDF pour les redistribuer ensuite aux consommateurs, sous forme de réduction appliquée sur leurs factures.
Objectifs à terme : faire bénéficier les clients finaux (particuliers et professionnels) d’un amortisseur automatique en cas de flambée des prix sur le marché de l’électricité, tout en garantissant à EDF des revenus suffisants pour poursuivre l’entretien du parc nucléaire historique.
Comment fonctionne-t-il ?
Le Versement Nucléaire Universel repose sur trois principes clés :
1er principe - Un prix du marché pour tous : EDF vend toute sa production d’électricité nucléaire au prix du marché, sans tarif préférentiel et sans limitation de volume.
2ème principe - Des prélèvements progressifs sous forme de taxe fixée par la CRE et par arrêté : cette captation s’applique sur les revenus excédentaires d’EDF lorsqu’ils dépassent le coût réel de production de l’électricité nucléaire (évalué à 60.3€ pour 2026). L’Etat prélève ainsi une partie des revenus supplémentaires d’EDF suivant 2 seuils de taxation :
- 1er seuil : si le revenu dépasse les coûts de 5 à 25 €/MWh, la part en plus est taxée à 50 %
- 2ème seuil : si le revenu dépasse les coûts de 35 à 55 €/MWh, la part en plus est taxée à 90 %
3ème principe - Une redistribution automatique fixée par la CRE : les sommes collectées par l’application de cette taxe seront reversées aux clients finaux par le biais de réductions automatiques, quels que soient le fournisseur et le contrat choisi.

Plus simplement : si les revenus du parc nucléaire d’EDF sont plus importants que nécessaire, une partie de ce surplus sera redistribuée aux consommateurs sous forme d’une réduction appliquée sur leur facture d’électricité.
Ce mécanisme s’applique à tous les consommateurs d’électricité : ménages, entreprises et collectivités.
La fin de l’Arenh et l’arrivée du Versement Nucléaire Universel marquent ainsi un tournant pour le marché de l’électricité en France, avec un nouveau dispositif visant à protéger les consommateurs contre les hausses brutale des tarifs, garantir la stabilité financière d’EDF et moderniser la régulation.
A noter : Le Conseil Supérieur de l’Energie (CSE) étudie actuellement le projet de décret envoyé par le gouvernement pour acter le fonctionnement du Versement Nucléaire Universel. Les modalités de calcul relatives à la réduction à appliquer et son mode de facturation en cas de dépassement des seuils de taxation, sont donc encore, actuellement, en discussion.
L'info en + : L'Arenh, c'est quoi ?
L’Arenh a été mis en place pour booster l’ouverture du marché français de l’électricité à la concurrence. Nous sommes alors en 2011 et l’ouverture des marchés énergétiques se fait encore très discrète auprès des consommateurs finaux, 4 ans après sa mise en place.
A cette époque, les prix de l’électricité composant les offres de marché étaient alors très peu compétitifs au regard des Tarifs Réglementés de Vente d’Electricité (TRVE).
Pour accélérer, en toute équité, la libéralisation du marché de détail de l’électricité et assurer le bénéfice du parc nucléaire historique à tous les fournisseurs, le gouvernement mit en place l’Arenh dans le cadre de la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Energie) promulguée en juillet 2011. L’ensemble de ce dispositif fut, par la suite, légiféré par les articles L336-1 0 l336610 du Code de l’Energie.
Objectif : permettre aux fournisseurs d’énergie de racheter à EDF une partie de l’électricité produite par les centrales nucléaires à un prix fixe de 42 €/MWh. Ce tarif, régulé par les pouvoirs publics, était applicable pour un volume maximal de 100 TWh/an, à répartir entre eux.
Depuis 15 ans, les fournisseurs d’électricité avaient donc la possibilité, sur le marché français, de répercuter ce tarif relativement « bon marché » sur le prix de l’électricité de leurs offres de marché pour les rendre plus compétitives auprès des consommateurs.
Concrètement, comment ça marchait ?
La CRE était chargée de répartir les 100 TWh alloués chaque année aux fournisseurs d’énergie qui lui en faisaient la demande. Le volume qui leur était annuellement attribué était calculé suivant les prévisions de consommation de leur portefeuille clients, sur les heures de faible consommation nationale. C’est ce que l’on appelait le « droit à l’Arenh », défini dans un accord-cadre signé entre le fournisseur et EDF, après validation de la CRE.
Notons que le volume d’Arenh attribué à chaque fournisseur ne couvrait pas l’ensemble des besoins en électricité de ses clients. Ce dernier se devait alors d’acheter les MWh restant directement auprès des producteurs ou sur le marché de gros de l'électricité.
Rappelons, en dernier lieu, que ce mécanisme réglementaire était une spécificité française.
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