Celuga

Prix négatifs de l'électricité en France : de quoi parle-t-on ?

13 octobre 2025 | Décryptage
Prix négatifs de l'électricité en France : de quoi parle-t-on ?

Depuis quelques mois, on constate une intensification des prix négatifs sur le marché de l'électricité en France.

Mais qu’est-ce qu’un prix négatif de l’électricité ? Quelles en sont les causes ? Et quelles sont les implications pour les producteurs, les consommateurs et le système électrique dans son ensemble ?

GEG vous propose d’en savoir plus sur cette nouvelle réalité énergétique.

Qu'est-ce qu'un prix négatif de l'électricité ?

Sur les marchés de gros de l’électricité (comme sur tous les marchés d'ailleurs), le prix est déterminé par la loi de l’offre (la production) et de la demande (la consommation). De fait, quand la production dépasse largement la consommation, les prix peuvent alors chuter, jusqu’à devenir négatifs.

Ce phénomène s’explique par la nature particulière de l’électricité. Car cette énergie ne se stocke pas facilement à grande échelle, alors que le réseau doit être constamment équilibré entre production et consommation. Ce qui est produit doit alors être consommé instantanément.

Les causes principales : un système électrique en mutation

Le développement rapide des énergies renouvelables, comme le photovoltaïque ou l’éolien a pris un essor important ces dernières années et reste indispensable dans les années à venir pour répondre aux enjeux d'électrification des usages carbonés, et contribuer à diminuer notre dépendance aux importations fossiles. C'est un enjeu essentiel.

La particularité des énergies renouvelables est qu'elles sont variables. Elles produisent de l’électricité en fonction de la météo et indépendamment des besoins réels de la consommation finale (heures de pointe), c’est-à-dire entre 10h et 17h. Avec un phénomène encore plus marqué les week-ends car les consommations sont plus faibles qu’en semaine.

La Buisse, 29ème centrale photovoltaïque de GEG, installée sur l'ancienne décharge de la plateforme écologique de La Buisse (38-Isère) / Photo Copyright Bruno Lavit

En France, la production photovoltaïque a nettement augmenté ces dernières années, s'élevant à 24,5 TWh en 2024 (soit une hausse de 9 % vs 2023.)

Face au développement rapide des énergies renouvelables, le réseau électrique doit s'adapter et, notamment, développer plus de flexibilité pour absorber ce surplus d'énergie en :

  • encourageant les consommateurs à "déplacer" leurs usages (par des incitations tarifaires des heures creuses et heures pleines par exemple)
  • favorisant le développement de stockage d'énergie permettant d'absorber le surplus pour le réinjecter plus tard, à un moment plus adapté sur le réseau.

Or, l'ensemble de ces développements ne sont pas en place car notre système électrique est encore en transition. Ce qui explique qu'actuellement et faute de flexibilité, le réseau électrique n'a pas d'autres solutions que de contraindre les producteurs à arrêter leur production à un moment où le marché n'en a pas besoin, ce qu'il traduit par un signal négatif.

Et à nouveau, dans ce système électrique en mutation, tous les producteurs ne s'arrêtent pas, ce qui n'apporte qu'une solution partielle à la récurrence des prix négatifs.

Pourquoi les producteurs continuent-ils de produire ?

Plusieurs raisons expliquent cette persistance de la production :

  • Des coûts d’arrêts élevés : certaines centrales, notamment nucléaires ou thermiques, ne peuvent pas être facilement arrêtées et redémarrées. De fait, il est parfois moins coûteux de produire à perte que d’interrompre leur fonctionnement.
  • Des contrats de soutien : les installations de production d’électricité renouvelable sous Obligation d’Achat (OA) bénéficient de tarifs garantis. Elles continuent donc de produire, même si les prix sont négatifs.
  • Le manque de flexibilité du système électrique français : que ce soit du côté de la production ou du côté de la consommation, on manque encore de mécanismes de modulation efficaces.

Dans le cadre d’une logique économique, ce phénomène de prix négatifs pourrait alors inciter les producteurs à réduire leur production et les consommateurs à consommer d’avantage quand l’électricité se fait abondante.

Mais ce n’est pas si simple avec le système énergétique actuel.

Prix négatifs : des impacts contrastés pour les acteurs de marché

En fonction du rôle de chacun, les implications divergent. Ainsi, les conséquences directes pour les producteurs dépendent du type de contrat établi :

  • Les producteurs d’électricité renouvelable non soutenus subissent des pertes financières lorsqu’ils vendent leur électricité à prix négatifs
  • Les producteurs soutenus par Complément de Rémunération (CR) sont incités à stopper leur production pour ne pas perdre leur prime
  • Les producteurs sous Obligation d’Achat (OA), en revanche, continuent de produire sans impact direct

Les consommateurs, quant à eux, ne bénéficient pas directement de ces prix négatifs car la majorité des contrats, à tarif fixe, ne leur permettent pas de profiter des prix de marché en temps réel (ce que l’on appelle la tarification dynamique.)

D’un autre côté, le système électrique est en pleine réflexion de restructuration. En effet et face à la montée régulière des prix négatifs, plusieurs pistes de solutions sont aujourd’hui envisagées :

  • Le développement du stockage d’énergie : les batteries ou les stations de transfert d’énergie par pompage (appelées STEP) permettent d’absorber la surproduction d’électricité
  • La flexibilité de la demande : inciter les consommateurs à déplacer leur consommation quotidienne vers les heures creuses, pour recharger leur véhicule électrique par exemple
  • La révision des dispositifs de soutien : la CRE recommande d’amender les contrats en Obligation d’Achat pour inciter les producteurs à interrompre leur production en cas de prix négatif
  • Le renforcement des interconnexions : exporter l’électricité excédentaires vers les pays voisins pour atténuer les déséquilibres du réseau électrique

Réception des équipements de stockage d'énergie sur la commune de Saint-Avre en Maurienne (73 - Savoie) / Photo Cyril Jarret

Vers une nouvelle ère énergétique

Avec le développement du parc de production d’énergie renouvelable, le phénomène des prix négatifs est appelé, aujourd’hui, à se généraliser. Il marque ainsi l’entrée dans une nouvelle ère énergétique où la flexibilité, la réactivité et l’intelligence du réseau deviennent essentielles. Ce n'est en soi pas un problème, cela deviendra un élément structurel d'un fonctionnement du réseau électrique plus agile et en capacité d'insérer massivement des énergies renouvelables en substitution des énergies fossiles.

La France, comme ses voisins européens, devra donc adapter son système pour intégrer efficacement la production d’électricité renouvelable en pleine croissance, tout en garantissant la stabilité du réseau et la juste rémunération des producteurs.

Sur ce sujet, sont actuellement en réflexion :

  • La refonte des mécanismes du marché
  • Une évolution des comportements de consommation avec une volonté de renforcer l’électrification des usages
  • Une modernisation des infrastructures réseaux

En résumé, les prix négatifs reflètent une logique des marchés en transition qui se retrouvent à faire face à : des défis soulevés par l’intégration de la production grandissante d’énergie renouvelable sur le territoire, mais aussi à une volonté d’innover pour un système plus souple, plus intelligent et plus durable.

Cette nouvelle donne énergétique pourrait, ainsi, être le point de départ d’une adaptation des règles actuelles du marché et d’un renforcement des actions de sobriété énergétique

Ceci afin que les prix négatifs de l’électricité soient considérés, demain, comme une occasion de faire un pas de plus en matière de transition énergétique et une opportunité de valoriser les énergies renouvelables.

 

Vous souhaitez en savoir + sur le sujet ?

N'hésitez pas à consulter les rapports suivants : 



Partagez sur les réseaux !

Articles recommandés

Décryptage

GEG fait le point sur... Le TURPE

Le TURPE (ou Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Electricité) synthétise les coûts...

Décryptage

Eviter les heures de pointe : pourquoi c’est important

Quand on parle de sobriété énergétique, on parle de « consommer moins et mieux ». Cette...